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"Toi, t'es quoi comme origine ?
- Heu ben, Paris
- Ah, t'as pas d'origine alors."

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Atelier CE1 école Jean Racine 2019-2020 animée par Catherine Thoyer

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La poussière qu’on a sous les pieds

Les koftes

Mon grand-père, c’était son travail, avec le père de mon père, quand ils étaient petits, à 12 ans, dans un village, en Turquie : préparer et vendre des koftes, des boulettes de viande. Ils ont fait ce travail jusqu’à leur 15 ans. Ensuite, le père de mon père est devenu pompier. Le père de mon père était professionnel de foot en Turquie. Il a été repéré. Alors les sélectionneurs l’ont fait venir ici. C’était le premier Turc à venir à Montluçon.

Quand il est arrivé en France, il était jeune, il dormait chez des gens, il a commencé à travailler dans un restaurant à Montluçon. Il a toujours travaillé dans ce restaurant, comme cuisinier, ensuite avec mon père quand il était jeune, et même avec tous mes oncles.

Il m’a appris plein de choses : les koftes, par exemple. Il sait cuisiner toutes les recettes françaises et quelques recettes turques.
À la maison, c’est ma mère qui les prépare, comme elle l’a appris de son père.
Elle mélange de la viande d’agneau hachée avec du persil, des légumes, des oignons, des tomates, du sel. Elle en fait des boulettes. Puis elle fait chauffer de l’huile de tournesol dans une casserole, l’huile éclabousse, mais ma mère ne se brûle pas. Ça cuit, ce n’est bientôt plus saignant. Elle verse dans une passoire et pose les koftes dans une assiette, sur du papier absorbant.

On mange souvent des koftes, j’aime bien ça, avec une salade, dans du pain, avec des sauces.

Elle fait très bien les feuilles de vigne farcies, elle m’a un peu appris à les préparer. Elle n’a pas vraiment de spécialité ; elle sait tout faire.

Atelier avec les 4e du collège Jean Jacques Soulier dans le cadre du projet Transmissions (2017)

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Basila

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L'immigration portugaise

L'histoire de mes grands-parents

En 1967, à l'âge de 16 ans, mon grand-père a dû quitter clandestinement le Portugal, son pays natal, pour fuir la dictature. Ses moyens de transport ont été la marche à pied et le train. Quand il y avait des contrôles dans le train, il se cachait dans les toilettes.
Un jour, dans le train, un couple d'Espagnols vivant en France l'a aperçu, et se prenant d'affection pour lui, l'a emmené avec eux dans l'Ain et l'a hébergé.
Par la suite, ayant trouvé du travail à Montluçon, il finit dans un foyer pour jeunes travailleurs.

Ma grand-mère avait quitté le Portugal pour les mêmes raisons en 1968. Elle est passée à travers champs, aidée par un passeur portugais, et par un passeur espagnol qui lui fit prendre le train, direction la gare de Montluçon.

Ils se rencontrèrent donc à Montluçon, se marièrent, prirent la nationalité française et eurent trois enfants, dont ma mère. A cette époque, il n'y avait aucune aide sociale, contrairement à aujourd'hui. Fallait se débrouiller seul.

Eléonore

Réalisé en 2020 avec la classe de 3e du collège Jean Jacques Soulier

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« Mon mari est venu travailler en France. Dans ce cas-là, tu viens ou tu viens pas. C’est une situation dans la vie. Au Portugal, il n’avait pas de boulot sûr. Ici, il a eu un CDI tout de suite. Mais moi, j’ai eu des hauts et des bas.

Quand je suis arrivée ici, j’étais en train de rentrer en dépression, j’en pouvais plus de rester à la maison sans parler à personne. J’ai passé des jours, je parlais avec mes filles en allant à l’école et ensuite, avec quelqu’un d’autre seulement quand mon mari rentrait du travail.

T’imagines la solitude ?

Après quatre mois, j’ai voulu quitter Montluçon, ma fille m’a dit : « Déjà, tu m’enlèves du Portugal et là, tu vas encore m’enlever. »

Le viare

Mon grand-père est arrivé d'Italie, en France en 1958 avec ses parents pour le travail. Il avait à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui, 12 ans. Il est arrivé à Felletin en Creuse, puis à Montluçon en 1960, où il a habité dans la cité de Fontbouillant qui venait d'être construite. Sa famille a été l'une des premières logées.
Voilà ce qu'il m'a raconté :
«  Lorsque nous sommes arrivés à Felletin, il faisait très froid. Il y avait un mètre de neige, alors qu'il faisait 22 degrés chez nous. On s'est tous mis à pleurer, on avait très froid, on avait attrapé le viare. »

Clélia

Réalisé en 2020 avec la classe de 3e du collège Jean Jacques Soulier

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Dans les vallons et les collines

Clandestin

Voici ce que ma mère m'a raconté :
⁃ «  Dans les années 70, mon père est arrivé du Portugal, en clandestin. Il a choisi Montluçon car son oncle y travaillait déjà. Il a fui le régime du dictateur Salazar pour vivre libre en France.
⁃ A l'époque, ma mère habitait avec ses parents en Creuse, à Boussac. Elle a rencontré mon père à un bal, ils se sont mariés.
⁃ Ils se sont installés à Montluçon où il y avait du travail. Alors je suis née à Montluçon, j'y ai fait mes études et j'habite maintenant en périphérie, à Lavault. »

Léo

Réalisé en 2020 avec la classe de 3e du collège Jean Jacques Soulier

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La ferme des Réaux, la ferme de mes grands-parents

Ma mamie est née dans la Somme, elle avait deux frères et quatre sœurs, plus âgées. Ses parents cherchaient une ferme. Le temps d'en trouver une, ils sont partis dans la Marne où habitait leur fille aînée.

Après quelques temps, ils ont trouvé la ferme des Réaux à Montluçon, alors il a fallu déménager. Ils ont quitté la Marne jusqu'aux Réaux, et le voyage en calèche a duré presque une semaine. Ma mamie avait alors 12 ans.

Arrivés aux Réaux, tous les enfants vivaient encore sous le toit de leurs parents et travaillaient à la ferme.

Ma mamie a rencontré mon papi : il venait souvent donner un coup de main au domaine, il connaissait bien certains de ses frères. Après quelque temps, ils se sont mariés, ils ont acheté une maison et ils ont fondé une famille. Ils ont eu deux enfants : mon père et mon oncle.

Krystal

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Vilarandelo

Mon grand-père est arrivé à Montluçon le 12 octobre 1971. Avant de venir, il était à Vilarandelo, son village au Portugal. Il s'est marié avec ma mamie en 1966, mes deux tatas sont nées puis mon papi a dû venir en France pour le travail. Au Portugal, à Vilarandelo, il travaillait dans les champs et n'était pas payé. Et maintenant qu'il avait deux filles, il fallait les nourrir.

Ils sont venus à Montluçon car la sœur de ma mamie habitait là. Mon papi cherchait du travail dans le bâtiment. Il trouva une agence de travaux publics, il partit travailler et gagna des sous. Il nourrit sa famille mais laissa des sous de côté pour faire construire une maison au Portugal.

Il m'a raconté une anecdote :
« Un jour, deux marocains sont rentrés dans la même agence que moi, et ont commencé les travaux, sauf qu'ils ne savaient pas utiliser de machine. On avait mis en place des murs de brique et eux, avec leurs deux mains gauches, ils ont tout fait tomber».

Lola

Réalisé en 2020 avec la classe de 3e du collège Jean Jacques Soulier

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Katia Luis et Maria

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Mon histoire

En mars 1987 ce qu'on appelle le parti Baas en Irak a décidé d'éradiquer « le problème kurde ». Le problème kurde car une partie de la population kurde se trouve en Irak, en Syrie, en Turquie et en Iran. Cette minorité est alors rejetée par les gouvernements qui les empêchent de parler leur langue, de pratiquer leur culture, de vivre. Les Kurdes, eux, sont un peuple qui vit principalement dans les zones rurales, dans les montagnes, ils sont pour la plupart éleveurs et vivent de leur cueillette. Ma mère était dans un petit village et a été scolarisée très tardivement. Il n'y avait qu'une seule classe et avec des élèves de tous âges confondus.

Malheureusement ils ont dû fuir leur pays à cause des opérations militaires menées par le parti Baas. Il y avait beaucoup de bombardements, la mise en place de camps de concentration et aussi l'utilisation massive d'armes chimiques.
Ainsi, ma mère et ma famille ont dû s'enfuir suite à ce qu'on appelle l'Anfal finale. Ils ont alors marché dans la peur en s'entraidant, en portant les enfants en bas-âge, en gérant les troupeaux de chèvres et de moutons. Ils n'avaient pas d'endroit sûr où dormir, ils n'étaient pas bien sûrs d'être bien accueillis dans le pays où ils se rendaient, la Turquie.
Ils sont arrivés à Mardine le 26 août 1988. Ils ont été accueillis dans des camps de réfugiés. Ils étaient 16 000 sous des tentes, entourés par des barbelés électriques.

Bien heureusement, l'association France Liberté via l'intermédiaire de Danièle Mitterrand se rend dans ces camps de réfugiés. Une demande portée par Mme Mitterrand est acceptée. Ma mère et 366 personnes pourront alors entrer en France. Ils sont arrivés à Bourg-Lastic le 1er août 1989 et sont partis à Mansat. Le problème était qu'il n'y avait pas de travail et ils sont donc arrivés à Montluçon en 1998.

Lana

Réalisé en 2020 avec la classe de 3e du collège Jean Jacques Soulier

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cour st pierre

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