Gaby - les bals

Témoignage collecté auprès de Gaby, 96 ans, ancienne ouvrière des Chemiseries Rousseau, grande militante syndicale, grande érudite et rayonnante compagnonne de route. Elle s'est éteinte en mai 2020, après nous avoir laissé des heures d'entretien et partagé avec nous un peu de sa mémoire d'éléphant

"Alors après la libération… Ah ! Après la libération… Ça a été… Comment vous dire… le défoulement !

Écoutez : à Montluçon, ça dansait dans toutes les rues. Au Faubourg Saint Pierre, dans le fond, là. Là où il y a l’arrêt des bus. Et bien là, il y avait une petite place. Et bien ça dansait, là.

Ça dansait sur la place Saint Paul.

Ça dansait sur la place de la Mairie. Ça dansait sur l’avenue de la gare. Et puis dans tout les petits cafés qu’il y avait dans les quartiers, il y avait un accordéoniste et on dansait !

Mes parents habitaient au bord du Canal. Et bien là, il y avait un petit café. Et bien dans ce café il y avait un accordéoniste et on dansait.

Place de Blanzat, aussi.

C’était l’euphorie.

On dansait partout.

Ça dansait l’après midi, hein. On n’avait pas le droit de sortir le soir en principe. On était mineurs. Mais ça dansait le soir aussi.

Alors ça dansait à Chateaugay. Ça dansait à Torneuve. Ça dansait à Villebret – sur la route de Villebret, là, à Saint Jean.

Et puis alors les fêtes foraines… Il y en avait dans tous les quartiers.

Ça commençait aux Fours à Chaux, avenue Jules Guesdes. C’était pour les Rameaux. Ça durait une semaine. Il y avait les manèges, mais il y avait surtout les parquets. Pour danser. Et là, ça dansait tous les soirs. Alors après c’était les Îles. Après le Pont du Chatelet. Blanzat. Après, au mois de mai, c’était la Ville Gozet. Devant l’église, là, il y avait les manèges. Mais alors derrière l’église, là où il y a la sécurité sociale maintenant, il y avait deux parquets là.

Et puis on dansait dans l’édifice communal, aussi. Tous les dimanches. À l’étage. Et en bas c’était la buvette...

Et puis il y avait la Chorale dans la rue Mondétour. Alors ça c’était quelque chose d’extraordinaire parce qu’il y avait un orchestre... Là on dansait, mais on dansait le swing. Ah ah… Je suis swing, swing swing... Oh la la… Je me rappelle… Avec les trombones. La contrebasse. Et surtout les trompettes, là, bouchées, qui faisaient wa wa wa... Et alors moi j’étais mince mais comme un haricot ! Alors les garçon venaient me chercher quand c’était la Java, là, des Bombes Atomiques. Et lorsque bombe explosait, ils m’attrapaient par la taille. Et là… Vous comprenez… Et là il m’envoyaient en l’air. Il me faisaient sauter ! Comme une bombe ! Après la guerre, vous comprenez ? Comme une bombe !

Et on riait ! Ah on riait…

On s’amusait.